Déclaration au nom du Groupe des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique Par S.E. HON. STEVE WILLIAM ABANA Ministre de la Planification nationale et de la Coordination de l’aide des Îles Salomon
à l’occasion de la
New York, 24 - 26 juin 2009
Monsieur le Président C’est un honneur qui m’échoit de prendre la parole au nom des 79 Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui forment le Groupe ACP. Je le fais en ma qualité de représentant des Iles Salomon, pays qui assure actuellement la présidence du Conseil des ministres ACP.
Monsieur le Président Les Etats du Groupe ACP sont membres de plusieurs organisations internationales, régionales et sous-régionales qui se sont déjà exprimées ici ou qui vont s’exprimer encore ; mais l’entité unique qu’ils constituent est fondée sur certaines spécificités telles que l’unité et la solidarité qui commandent de nous adresser à cette Assemblée en tant que Groupe. La tribune qui m’est offerte ne m’autorise pas à aller dans le détail de chacune des thématiques abordées par cette conférence. Toutefois, compte tenu de la gravité de l’impact de la crise économique et financière sur les pays ACP, j’aimerais mettre l’accent sur quelques points essentiels qui reflètent les vues du Groupe ACP. Au début de cette crise, certains analystes ont pensé que les pays à faible revenu, en raison de leur faible niveau d’intégration dans l’économie internationale, n’allaient pas en être affectés. Cette opinion s’est avérée être totalement erronée. En effet, des rapports récents montrent clairement que la crise financière frappe sévèrement cette catégorie de pays, et en particulier les pays ACP. Dans la majorité de ceux-ci, les perspectives de croissance ont fortement chuté. Les effets de la crise économique et financière actuelle se sont propagés et aggravés dans les pays ACP, se traduisant principalement par : i. le ralentissement des échanges et la chute des recettes d’exportation ; La crise a déjà provoqué une dégradation des indicateurs macroéconomiques de ces pays en 2009, à savoir :
Cette situation a pour conséquences des pertes d’emplois accrues, une aggravation de la faim, de la mortalité, des inégalités et de la pauvreté, compromettant du même coup les efforts et les gains économiques réalisés, ainsi que la progression vers les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). En fait, nos pays qui ont le moins de responsabilité dans la crise financière, seront pourtant les plus durement touchés par ses conséquences. Monsieur le Président, Au stade actuel, le plus urgent est de trouver des solutions. Tenant compte de l’impact et des causes profondes de la crise, ces solutions doivent, dans un premier temps, chercher à contrer ses effets et, dans un second temps, permettre de prévenir et d’éviter à l’avenir des crises similaires. Au regard de l’ampleur et de l’étendue de cette crise économique et financière, il faut réagir en intervenant dans l’immédiat suivant une approche mondiale et concertée. Tout doit être mis en œuvre pour : - restaurer la confiance, la croissance et l’emploi ;
Toutefois, les efforts doivent être focalisés là où les besoins sont les plus pressants, notamment dans les pays pauvres et vulnérables qui sont les véritables victimes de la crise. Les effets de la crise économique et financière sur les Etats ACP ainsi que les défis supplémentaires qu’elle représente pour la réalisation des OMD sont considérables. Ces pays ont plus que jamais besoin de ressources financières pour compenser la baisse des recettes nationales et pour mener des investissements susceptibles de maintenir et de relancer la croissance économique. Le retour au niveau de croissance d’avant la crise nécessite un apport substantiel de ressources additionnelles en faveur de ces pays.
Monsieur le Président, Au niveau national, les Etats membres du Groupe ACP sont conscients, à titre individuel et collectivement, des efforts à fournir pour contenir les effets de la crise. C’est ainsi que diverses mesures visant à atténuer l’impact de celle-ci sont mises en oeuvre. S’agissant de la mobilisation des ressources, le Groupe réitère l’acceptation des engagements qui lui incombent. Des réformes sont en cours dans de nombreux Etats ACP en vue d’assurer une meilleure mobilisation des ressources financières nationales. Cependant, nos gouvernements qui disposent d’une marge de manœuvre limitée, n’ont pas une capacité de réaction suffisante et ont besoin de ressources supplémentaires provenant des donateurs pour faire face à la crise. Les pays ACP ont un besoin criant d’aide internationale.
Le Groupe ACP prend note de la décision du G20, réuni à Londres le 2 avril 2009, d’accroître les ressources du FMI et celles des banques multilatérales de développement, y compris la Banque mondiale, afin d’assurer le financement du développement, en particulier dans les pays pauvres. Toutefois, le Groupe appelle les institutions financières internationales (IFI) bénéficiaires à une allocation efficace et flexible des ressources décidées en vue d’un accès équitable à tous. Pour le Groupe ACP, ces ressources doivent venir en sus de l’aide publique au développement (APD) traditionnelle. A cet égard, le Groupe ACP invite les pays développés à redoubler d’efforts pour honorer les engagements pris en matière d’aide publique au développement (APD). À moins d’un an de l’échéance de la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, il convient d’accélérer la mise en œuvre du programme d’action d’Accra.
Monsieur le Président, S’il est urgent d’intervenir pour amortir les effets de la crise, il importe aussi de mener, dans le même temps, une réflexion profonde sur une réforme structurelle à long terme du système économique, financier et commercial, compte tenu des réalités mondiales actuelles. En effet, le réaménagement de l’architecture financière internationale en vigueur est devenu une nécessité urgente. Toute réforme devra viser, d’une part, à conférer aux pays à faible revenu une représentation et une responsabilité accrues au sein des IFI et, d’autre part, à rendre le système financier international plus transparent et plus efficace, et capable de mieux anticiper les risques. Les réflexions à ce sujet doivent pleinement associer ces pays et prendre en compte la problématique de leur développement. Dans un contexte de mondialisation où les économies ayant des niveaux de développement différents sont interdépendantes, les réformes à mener apparaissent complexes. C’est pourquoi, nous appuyons l’idée selon laquelle l’Organisation des Nations Unies doit jouer un rôle majeur et catalyseur dans ce processus de réforme portant sur des biens publics internationaux. Sous l’égide de l’ONU, nous devons explorer la possibilité de création d’un mécanisme international dont le rôle serait d’évaluer périodiquement la situation de l’économie mondiale et de donner de grandes orientations dans les domaines économique et financier. Monsieur le Président, Je vous remercie de votre attention.
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